Adoptée par le Parlement et publiée au Bulletin officiel fin janvier, la loi n°70‑24 marque une modernisation du cadre juridique d’indemnisation des victimes d’accidents, resté quasi inchangé depuis la décennie 1980. Il s’agit, selon les textes officiels, de mieux répondre à l’évolution du coût de la vie, à l’élévation du niveau de vie moyen, et aux besoins actuels des victimes en matière de réparation des dommages corporels.
Au cœur de la réforme : la revalorisation du barème d’indemnisation. Le montant minimum considéré pour fixer les indemnités, qui servait de référence depuis quatre décennies, est relevé de 9 200 à 14 000 dirhams. Cette réévaluation, obligatoire, est également assortie d’un mécanisme de révision périodique tous les trois ans pour rester en phase avec les évolutions économiques.
Pour les compagnies d’assurance, cette réforme signifie un coût plus élevé des sinistres corporels à prendre en charge. Or ce coût se répercute mécaniquement sur les contrats d’assurance automobile, en particulier sur la garantie de responsabilité civile obligatoire que chaque conducteur doit souscrire. C’est cette répercussion qui conduit à l’estimation d’une hausse moyenne de 5 % des primes, appliquée progressivement à compter d’avril.
Du côté des assureurs, cette évolution s’explique par la nécessité de préserver l’équilibre financier du secteur et d’honorer ses engagements face à des indemnisations plus élevées et à des procédures plus complexes. Des représentants du secteur expliquent que face à l’alourdissement des indemnisations, certaines compagnies pourraient ajuster leurs tarifs de 4 % à 5 %, tandis que d’autres opteront pour des hausses proches de la moyenne prévue.
Mais pour beaucoup de conducteurs, cette perspective est loin d’être anodine. Elle survient dans un contexte où le pouvoir d’achat reste fragile, marqué par des pressions inflationnistes persistantes et une hausse significative du coût des carburants. Pour des familles et des ménages déjà confrontés à ces défis, une augmentation des primes d’assurance auto représente une charge supplémentaire difficile à absorber.
Ce constat porte une dimension sociale forte : comment concilier un système d’indemnisation plus juste pour les victimes qui est au fond une exigence de solidarité et de protection sociale avec la nécessité de préserver la capacité financière des assurés ?
Certains acteurs et observateurs avaient anticipé ces débats lors des discussions précédant l’adoption de la loi n°70‑24. À plusieurs reprises, les responsables du ministère de la Justice avaient souligné l’importance de trouver un équilibre entre justice sociale et stabilité sectorielle, mais sans garantir que les primes resteraient totalement stables.
Au final, alors que cette réforme entre en vigueur, les automobilistes sont invités à réfléchir non seulement à l’impact immédiat sur leurs budgets, mais aussi à ce que signifie un système d’assurance qui répare mieux les victimes sans étouffer ceux qui financent le système par leurs cotisations.












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